Je m'exprime aujourd'hui en tant que femme marocaine, musulmane, résidente en France en couple avec un citoyen français catholique.

Résistons face aux attentats par la fraternité, la culture, la promotion des valeurs de laïcité et d'égalité homme / femme.

Lors des attentats de janvier contre Charlie Hebdo, l'Hyper Cacher et des policiers, j'avais hésité à publier un article sur mon blog mais j'avais peur de ne pas trouver les mots justes. Et puis j'étais dans un état de sidération et de colère tels qu'il m'a fallu du temps pour dépasser ces émotions et essayer de comprendre comment on en était arrivé là.

Je vis en France depuis maintenant plus de 10 ans et je suis extrêmement fière de faire partie de cette société ouverte, à la fois plurielle (à ne pas confondre avec le communautarisme que je condamne) et une. Malheureusement, c'est de moins en moins le cas en Afrique du Nord et au Moyen Orient où les minorités fuient depuis plusieurs décennies à cause de l'intolérance et parfois de leur statut les cantonnant à demeurer des citoyens de seconde zone. Et que penser du traitement réservé aux nouveaux convertis (au christiannisme bien souvent) forcés de se cacher pour vivre leur foi ?

Que dire de l'actrice Loubna Abidar contrainte de se réfugier en France parce qu'elle a participé à dénoncer dans un film l'hypocrisie de toute une société qui a peur de ses femmes ?

Alors évidemment, depuis janvier 2015, l'insouciance s'est éteinte mais paradoxalement, je suis devenue plus forte en essayant de comprendre les mécanismes d'oppression du patriarcat, du rejet des femmes, des homosexuels, des valeurs universelles par les plus conservateurs.

Et pourtant, l'histoire nous a montré que le monde arabe pouvait être généreux : le roi Mohammed V a ainsi refusé de livrer les marocains de confession juive à la barbarie nazie alors en marche sur le continent européen.

A ceux qui ont voulu nier l'existence de l'islamisme et la perpétuation de traditions misogynes jusque sur le sol français (et qui parfois continuent de le faire), je dirais que malheureusement nous sommes témoins de ces expressions dans les médias et la vie quotidienne tous les jours.

Je voudrais dire que j'ai eu de la peine pour cette jeune fille aperçue il y a quelques semaines en train de remettre son voile avant de monter dans le bus pour rentrer chez elle. J'ai ressenti de la colère aussi. J'ai pensé à ma grand mère mariée à 14 ans, analphabète et qui a pourtant été une des premières femmes de sa génération à retirer son foulard. J'ai pensé à ce cercle vicieux de la haine des femmes qu'elle a brisé en inscrivant ses filles à l'école qu'elle estimait être une priorité absolue. J'ai pensé à ce poids de la tradition, à cette force que nous puisons contre elle et que je continue de porter.

Je voudrais dire aux adeptes du relativisme culturel et à ceux qui voudraient voir le monde arabo musulman comme un bloc homogène prêchant la haine et le repli sur soi que tout un pan des sociétés aspire en nombre au changement, à la justice, à la dignité, à l'égalité.

Réjouïssons nous de posséder la laïcité porteuse de vivre ensemble car elle a permis à la fois à mes parents de se rendre à la mosquée, de pirier et de jeûner et parce qu'elle me permet d'assumer le fait de m'être éloigné de ses pratiques, à l'instar de nombreuses personnes dans le monde arabe qui risquent parfois la prison et qui préfèrent se taire et faire semblant (chose répandue en France aussi).

Résistons, musulmans et non musulmans, face à ceux qui souhaitent nous imposer un certain code moral, empreint de religiosité, et un code vestimentaire. Résistons face à ceux qui veulent instrumentaliser la religion à des fins politiques et la réduire à une caricature d'elle même.

Non, il n'existe pas de "communautés" musulmane, juive, catholique, protestante ou encore  des gens du voyage. Il n'existe qu'une communauté nationale (à celles et ceux qui s'étonnerait que je me décrive comme marocaine en préambule, je précise que je n'ai pas la nationalité française mais je me définis comme faisant partie de la société française).

Donc, voilà, comme promis, les 3 livres qui aident à mieux comprendre le monde arabe d'aujourd'hui et à ne pas oublier qu'il compte aussi des femmes et des hommes libres et courageux. Rappelons que les 2 premiers auteurs sont aujourd'hui réfugiés en France.

- Amina Sboui, "Mon corps m'appartient" : cette ancienne militante Femen tunisienne s'est élevée contre la montée de l'intégrisme dans son pays. Elle nous raconte avec passion ce qu'on a appelé la révolution du jasmin.

- Waleed El Husseini, "Blasphème" : ce bloggueur palestinien athée a été emprisonné pour ses opinions. Il analyse bien les contradictions dans les discours des conservateurs. C'est un livre rafraîchissant d'un homme épris de liberté et qui souhaite ouvrir le dialogue et dépassionner le débat.

- Mona Eltahawy, "Foulards et hymen, pourquoi le Moyen Orient doit faire sa révolution sexuelle" : cette journaliste a vécu en Egypte où elle portait le voile (dans le but de se soustraire au harcèlement sexuel de certains hommes, ce qui n'a pas fonctionné) puis elle a découvert le féminisme et l'a retiré. Elle explique la situation des femmes dans ces pays, les petites et grandes victoires, les injustices, l'excision qui perdure, les violences allant jusqu'à la mort parfois etc.

Vous pouvez les acheter en librairie ou les trouver dans les bibliothèques (ou demander que ces documents soient achetés).

J'ajouterais aussi les livres écrits par Aïcha Ech Chenna, une militante marocaine engagée dans le monde associatif et qui donne la parole à ses mères célibataires rejetées par leurs familles. Ses livres sont plus compliqués à trouver en France. Si vous habitez à Paris, l'institut du monde arabe en propose.